Passionnée par la littérature jeunesse d’ici, l’AÉQJ désire vous faire mieux connaître ses membres – fervents auteurs et artisans – telle que Marie-Hélène Jarry !…

 

 À quel moment, dans votre vie, avez-vous commencé à écrire ?

J’ai commencé à écrire à l’adolescence, des poèmes. Je donnais également dans le genre épistolaire, avec mes ami.e.s ! Dans la jeune vingtaine, j’ai écrit des nouvelles (toutes inachevées) et publié des articles dans une revue. Puis j’ai eu des enfants et c’est à ce moment, avec l’encouragement d’une amie, que j’ai commencé à écrire des textes pour des albums.

 

Dans quel état êtes-vous quand vous écrivez ?

J’aime me mettre dans un état d’urgence pour écrire. Par exemple, je commence une heure (même moins) avant le moment où je dois quitter la maison. C’est souvent là que les idées me viennent le plus spontanément. Une fois que je suis sortie, elles continuent de faire leur chemin dans ma tête. À mon retour, j’ai un autre bout de texte de fait.

 

Avez-vous besoin d’une ambiance de travail, d’un lieu ou d’un rituel d’écriture pour vous plonger dans l’écriture ?

Grignoter tout en écrivant m’aide beaucoup. J’aime particulièrement les mélanges du randonneur (hum, la randonnée comme métaphore de l’écriture, pourquoi pas ?). Et, à part mon grignotement de souris, je préfère m’entourer de silence.

 

Préférez-vous écrire vos dialogues dans la langue parlée ou plus soutenue ?

J’adore écrire des dialogues. Ce qui me plaît surtout là‑dedans, c’est la recherche d’une adéquation avec la psychologie du personnage, la recherche de SA langue parlée.

 

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver votre texte mauvais ?

Tout le temps ! Mon texte n’est jamais bon du premier coup.

 

Acceptez-vous de retravailler votre texte à la demande d’un éditeur ?

Bien sûr que j’accepte de retravailler un texte à la demande d’un éditeur : c’est une occasion de plus de l’améliorer ! Ceci dit, j’ai rarement eu à changer des éléments importants. Il m’est arrivé une fois d’être incapable d’intégrer une demande de l’éditeur sans changer l’essence de mon texte; j’ai laissé tomber le projet.

 

Aimez-vous travailler en collaboration avec l’illustrateur ?

Oui, quand j’ai cette chance, j’aime travailler en collaboration avec l’illustrateur. Pour un album (et c’est mon créneau principal), il me semble que cette collaboration, même restreinte, est garante de meilleurs résultats. Évidemment, elle demande un certain tact et une ouverture certaine.

 

Avez-vous un droit de regard sur le choix de l’illustrateur ?

La question à mille dollars ! Il m’est arrivé de soumettre à un éditeur un projet auquel s’était joint un illustrateur de ma connaissance. Une autre fois, j’ai proposé une illustratrice à l’éditeur. Dans les deux cas, ça a fonctionné et le résultat m’a enchantée. Par ailleurs, il m’est aussi arrivé d’être « surprise » au départ du choix de l’éditeur, mais de m’en réjouir en voyant le produit fini. Ils ont quand même l’œil !

 

Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescente ?

Enfant, je lisais les Bob Morane de mon frère et les bandes dessinées qu’il recevait en cadeau (Dieu merci, j’avais un frère aîné !). Mais j’aimais aussi les livres « de filles » comme Le Clan des sept et la Comtesse de Ségur (où j’ai découvert les dialogues). C’était une époque où les lectures pour filles et pour garçons étaient cloisonnées. (Malheureusement, cette tendance revient en force depuis quelque temps, du moins dans la mise en marché du livre jeunesse, et ça me désole.)

À l’adolescence, j’ai découvert un éventail de lectures presque à la grandeur du monde, et j’en ai bien profité !

 

Avez-vous déjà tenu un journal intime ou des carnets où vous releviez des citations, des pensées, vos états d’âme, etc. ?

Je tiens des carnets où je note des idées d’histoires. Quand je feuillette les plus anciens, je fais des découvertes étonnantes.

 

Avez-vous déjà publié sous pseudonyme ? Pour quelle raison ?

Je n’ai jamais eu de pseudonyme, mais parfois je regrette de ne pas en avoir pris. Pas pour cacher mon identité, juste pour le plaisir de choisir mon nom, comme on choisit un nom de personnage.

 

Vous a-t-on déjà refusé un manuscrit ?

Aaah ! Maintes fois !

 

Est-ce vous qui choisissez la couverture de votre livre ?

C’est un grand plaisir pour moi quand j’ai un mot à dire sur la couverture. Mais ça n’arrive pas si souvent. L’attachement que j’aurai à un de mes livres dépend beaucoup de la couverture.

 

Vos livres sont-ils traduits dans d’autres langues ?

Un de mes livres a été traduit en anglais… par moi-même. Après un premier jet, j’avais demandé à mes deux enfants (qui ont pour langue paternelle l’anglais et qui sont tous deux traducteurs‑interprètes) de me réviser. Chacun a travaillé de son côté, ce qui a évidemment donné des résultats très différents. J’ai gardé les meilleurs passages des trois et c’est cet amalgame qui a été retenu pour publication, avec quelques retouches de l’éditeur. Un exercice à plusieurs mains que j’ai trouvé fort instructif et que j’aimerais bien répéter !

 

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?

C’est sûr que la critique m’effraie un peu. Par contre, en général, je trouve les analyses de mes livres intéressantes, surtout quand elles me révèlent des choses auxquelles je n’avais pas pensé en écrivant. J’essaie d’en faire quelque chose d’utile pour moi.

 

Quelle place la lecture occupait-elle chez vos parents ?

Pour mes parents, la lecture était très importante, c’est une chance que j’ai eue. Ma mère nous amenait régulièrement à la bibliothèque municipale. Mon père obligeait ma sœur et mes frères à lire un minimum de 15 minutes par jour. Moi, c’est plutôt un maximum qu’on devait m’imposer.

 

Vous écrivez à la main ou avec un ordinateur ?

J’écris toujours à l’ordinateur. Je corrige et remanie constamment mes textes. Sans ordinateur, je serais aux prises avec des brouillons illisibles. (Par contre, j’aurais peut‑être conservé ma belle écriture d’antan.)

 

Avez-vous (eu) un engagement féministe ?

La question de l’égalité des femmes est primordiale pour moi, elle est intimement liée au progrès social. J’ai beaucoup lu sur la question et même collaboré à la première revue féministe au Québec. Mais bien d’autres causes sociales m’interpellent, surtout quand il s’agit d’enfants. Est‑ce que mes albums et romans en portent des traces ? Je pense que oui, au moins en filigrane.