AUTOUR DE MON PREMIER TEXTE
POUR LES JEUNES

par Édith Bourget

membre de l’AÉQJ

edithbourget@hotmail.com

 

J’ai toujours su que je consacrerais ma vie à la création. Créer, c’est une manière de vivre. Ça oblige à écarquiller les yeux sur le monde, à analyser ce qu’on perçoit et à trouver la meilleure façon de parler de notre relation avec la vie. C’est une démarche dynamique qui exige de la curiosité, de la lucidité et de l’honnêteté.

Pendant des années, j’ai créé des expositions unissant tableaux et poèmes. Des expositions qui parlaient de la vie, de la beauté, des possibles. Parallèlement à ma carrière en arts visuels, j’analysais des livres pour Lurelu, revue consacrée à la littérature jeunesse. Depuis mon adolescence, je m’intéressais à ce genre littéraire et j’avais une belle collection d’albums et de romans. J’en lisais aussi beaucoup. Je me demandais si j’en écrirais un jour. Avais-je ce talent ? Quelque chose de nouveau à exprimer ?

Et je voyageais. C’est ainsi qu’au cours d’un séjour à Paris, en fouinant dans les librairies, j’ai remarqué qu’il y avait plusieurs recueils de poèmes pour les enfants, livres plutôt rares au Canada. L’idée d’en écrire s’est lentement immiscée en moi.

En 2001, mon conjoint botaniste et moi sommes allés en Haïti pour commencer la restauration de l’Herbier E.L. Ekman. Nous habitions dans un hôtel du centre de Port-au-Prince et nous nous promenions souvent dans le quartier. Chaque matin aussi, un chauffeur nous amenait à notre lieu de travail, à quelques kilomètres de la ville. J’absorbais tout ce que je voyais. La lumière magnifique, la végétation luxuriante, les klaxons assourdissants, les gens transportant des charges énormes sur leur tête, les enfants souriants, les poules et les cochons ici et là, les couleurs, les bruits : tout ça remplissait ma tête d’images surprenantes et me faisait vivre des sensations puissantes. Il y avait le contraste entre les maisons misérables aux toits de tôle et les murs de pierre cachant les domaines des bien nantis. Le contraste bouleversant entre la pauvreté et la richesse.

Et il y avait les odeurs. Celles, agréables, des fleurs du frangipanier et des mandarines. Mais aussi, des odeurs prenantes de détritus et d’eau croupissante qui donnaient envie de se boucher le nez. Ce sont ces odeurs nauséabondes qui, par opposition, m’ont inspiré mon premier poème pour les enfants : Ma maison sent bon le bonbon. C’est donc à Port-au-Prince, à cause de l’intensité de ce que je voyais et vivais, que tout s’est mis en place et que j’ai entrepris l’écriture de ce qui deviendrait Autour de Gabrielle, mon premier recueil de poèmes. Publié chez Soulières éditeur en 2003, à l’automne 2004, mon recueil recevrait le Prix France-Acadie et serait finaliste aux GG.

Au cours de ma vie en création, j’ai collectionné des expériences diverses que j’assemble, entrechoque, additionne, amalgame pour mettre en lumière ma vision du monde dans des tableaux ou des livres.

C’est évident : découvrir Haïti a été déterminant dans ma vie et dans mon engagement en création.

Référence : Édith Bourget, Autour de Gabrielle, illustré par Geneviève Côté, Soulières éditeur, 2003, 72 pages. Lauréat du Prix France-Acadie. Finaliste au Prix littéraire du Gouverneur général du Canada (jeunesse, texte).

Voir aussi :
« Vive l’exploration ! »
« Écrire loin, loin, loin… »
« Yé ! Une bourse de création ! »
« Oui, je choisis mes maisons d’édition »

Ma maison sent bon le bonbon
Ma maison sent bon le bonbon.

Dans la cuisine, bonbon à la vanille.
Dans le salon, bonbon télévision.
Dans ma chambre, bonbon à la lavande.
Dans le placard, bonbon réglisse noire.
Dans la salle de bains, bonbon au savon.
Dans le grenier, bonbon toile d’araignée.
Dans le sous-sol, bonbon tournesol.

Les planchers sentent le citron pressé.
Les murs, le caramel dur.

Les chaises, la crème épaisse.
Ma douillette sent la pastèque,
mon oreiller, le vent d’été
et mon lit, le paradis.

Youpi !

 


Depuis 1992, l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse (AÉQJ) promeut la littérature jeunesse. La rubrique « Place du partage » vous offre des témoignages de personnes passionnées, engagées à toutes les étapes du cycle du livre, depuis la création jusqu’à la lecture elle-même, en passant par la diffusion et l’enseignement.

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Crédit du portrait : Martin Dubé.