Depuis plus de 30 ans, l’AÉQJ se passionne pour la littérature jeunesse d’ici et de ses créatrices et créateurs.

La rubrique « Autrice chouchou » cherche à procurer un contact privilégié aux jeunes lecteurs ainsi qu’à leurs différents intervenants afin de mieux connaître les membres de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse (AÉQJ), qui regroupe des auteurs jeunesse québécois et de la francophonie canadienne !

Découvrez dès maintenant l’autrice et illustratrice jeunesse Marie-Denise Douyon…

SUR VOTRE VENUE À L’ÉCRITURE

À quel moment, dans votre vie, avez-vous commencé à écrire ?

Pour moi, l’écriture n’est pas arrivée par hasard. Si la pandémie a agi comme un catalyseur en m’offrant le calme nécessaire pour créer, le désir d’écrire était déjà latent depuis longtemps. Très tôt, j’avais souhaité réaliser des livres jeunesse, avant que mon parcours ne m’oriente vers les arts plastiques. C’est finalement le chemin de l’image qui m’a reconduite vers les mots : « À force de créer des images, les histoires ont fini par s’imposer d’elles-mêmes. »

Où puisez-vous votre inspiration ?

Chez moi, l’inspiration naît d’abord de l’observation : gestes du quotidien, conversations, rencontres. Mais ce sont surtout les proverbes haïtiens – et ceux venus d’ailleurs – qui nourrissent mon imaginaire. Véritables concentrés de sagesse populaire, ils deviennent souvent l’étincelle initiale d’un récit.

Quand une idée jaillit, prenez-vous des notes ?

Pas toujours sous forme de phrases. Artiste en arts visuels, je fonctionne d’abord par esquisses. Je trace, griffonne, capture l’intuition avant même qu’elle ne se formule. Chez moi, l’idée se dessine souvent avant de s’écrire.

SUR VOTRE PROCESSUS D’ÉCRITURE

Quand vous commencez une histoire, la connaissez-vous entièrement ?

Mon processus est résolument évolutif. Je pars d’un point d’ancrage, d’une trame, mais sans forcément connaître la chute. L’œuvre avance, recule parfois, se transforme — et il arrive même que l’illustration devienne le fil conducteur. Une manière de créer héritée de la peinture, où je travaille volontiers par séries.

Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?

Tout dépend du contexte et du lectorat. Les contraintes du quotidien m’amènent souvent à écrire par fragments. Certains projets s’étendent sur une année, non sans pauses, tandis que l’idéal reste de pouvoir consacrer un mois entier à l’écriture. Les longs trajets en train ou en autobus deviennent alors des parenthèses fertiles pour imaginer, relire et poursuivre un texte.

Utilisez-vous des ouvrages de référence ?

Rigueur oblige : contextes historiques, culturels et linguistiques sont soigneusement vérifiés. Lorsqu’un élément culturel spécifique est abordé, je veille même à faire relire le texte par des personnes issues de la communauté concernée. Une façon d’ancrer le récit dans une vérité respectueuse.

SUR VOS LIVRES

Y a-t-il un point commun dans la plupart de vos écrits ?

Le voyage, sans hésiter – réel ou symbolique – ainsi que la rencontre avec l’autre. Mes livres invitent les enfants à découvrir le monde tout en cultivant l’empathie, souvent avec une pointe de dérision qui reflète ma personnalité.

Y a-t-il un lieu récurrent dans vos écrits ?

Aucun, précisément. Mon angle est celui de la diversité culturelle. Des mots qui font voyager n’est pas qu’un slogan : c’est une boussole créative. Antoinette mène les lecteurs à Caraquet ; le crocodile de Brazzaville, rêvant de devenir artiste, habite sur les rives du fleuve Congo ; Lilou, le caribou de Rivière-du-Loup, fait découvrir aux tout-petits les joies de l’hiver québécois ; et le Pélican de Tétouan entraîne les jeunes lecteurs dans les allées du marché de Tanger. Mes histoires dessinent ainsi une cartographie sensible où les frontières s’effacent au profit de la curiosité.

D’où vous vient cette ouverture au monde ?

Sans doute de mon propre parcours. Née à Port-au-Prince, ayant grandi en Afrique du Nord, étudié à New York avant de m’établir à Montréal, je me décris volontiers comme une artiste globe-trotteuse. Un chemin qui a façonné une vision profondément tournée vers l’autre.

SUR VOTRE ENFANCE ET VOS ÉTUDES

Parlez-nous de votre enfance.

J’en garde le souvenir d’un temps joyeux et choyé, au cœur d’un quartier de Casablanca où les rues offraient un espace sécuritaire et bienveillant. Voisins et enfants partageaient naturellement les lieux de jeu, dans un mélange de langues et d’éclats de rire. Randonnées à la campagne et voyages ont très tôt élargi mon regard — une sérénité fondatrice qui nourrit encore aujourd’hui ma sensibilité.

Quelle place occupaient les langues dans votre enfance ?

Le français était la langue du quotidien, mais l’arabe et le créole résonnaient également autour de moi. Cette pluralité linguistique a éveillé ma curiosité et contribué à mon désir de créer des livres où les cultures dialoguent.

Parlez-nous de votre parcours scolaire.

Très tôt orienté vers les arts visuels, mon parcours m’a menée au Fashion Institute of Technology de New York. Le dessin n’était pas simplement une discipline : c’était un langage, une manière d’entrer en relation avec le monde.

SUR LA LITTÉRATURE

Peut-on écrire sur n’importe quel sujet en littérature jeunesse ?

La réponse est nuancée. Certains thèmes – la traite transatlantique des esclaves, l’exil, les injustices – exigent une grande délicatesse. Il s’agit de réfléchir à la manière juste de les aborder, sans édulcorer la réalité, tout en laissant place à l’espoir et à la résilience. Écrire pour la jeunesse demande précision et clarté, loin de l’idée qu’il s’agirait d’une littérature plus simple.

Comment définiriez-vous l’écriture aujourd’hui ?

Comme un espace de liberté, de jeu, de transmission et de création — un lieu où les mots deviennent des passerelles entre les cultures et les générations.

Quel rôle l’écrivain joue-t-il dans la société ?

Transmettre, semer des graines d’espérance, éveiller l’imaginaire. À travers les histoires, l’écrivain peut créer des souvenirs durables et accompagner la naissance d’un regard créatif.

À quoi reconnaît-on un grand texte ?

À sa capacité de toucher durablement le lecteur, de susciter une émotion vraie et d’ouvrir une fenêtre sur le monde — parfois même sur soi.

BIBLIOGRAPHIE JEUNESSE

NOTE : Vous pouvez trouver les publications de l’autrice sur le site Les libraires.

  • Le pélican de Tétouan
  • Tahir, le beau paon d’Agadir
  • Antoinette, la mouette de Caraquet qui père !!!
  • Lilou, le caribou de Rivière-du-Loup
  • Le crocodile de Brazzaville
  • Sélimane, un très bel âne de Léogâne
  • Francko : le vieil hippo de Chicago

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Crédit photo : Production Hadri, courtoise de Mosaïque interculturelle.