L’AÉQJ vous présente, à travers une entrevue exclusive, un de ses membres et en fait son auteur chouchou ! Aujourd’hui, Sylvie Payette répond à nos questions !

 

À quel moment, dans votre vie, avez-vous commencé à écrire ?

Très jeune. Mes textes étaient bourrés de fautes, mais j’y mettais tout mon cœur. Je dirais autour de 10 ans.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?

Je crois que mon grand-père en est un peu responsable. J’ai passé quelques semaines chez lui et le soir, il ne savait jamais quoi inventer comme histoire. Alors, je lui disais, c’est facile grand-papa, écoute… et je lui racontais une nouvelle histoire tous les soirs. J’avais 6 ans et 7 ans.

Où puisez-vous votre inspiration ?

Dans tout, la nature, le silence, la musique, mes rêves, un tableau, une photo.

Procrastinez-vous souvent quand vient le temps d’écrire ?

Comme j’ai commencé à la télévision, j’ai dû trouver des outils contre la procrastination, sinon, je n’aurais jamais terminé un texte. Donc, je suis une procrastinatrice qui s’entoure d’outils pour ne jamais remettre à plus tard.

Éprouvez-vous des difficultés au moment de l’écriture ? Comme le syndrome de la page blanche ?

Il faut parfois que je quitte mon bureau et que j’aille marcher ou me baigner pour remettre toutes les idées en place et reprendre l’écriture ensuite. Si je sens qu’un moment de vide approche, je m’active. Ça fonctionne vraiment très bien.

Lorsque vous êtes en travail d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs du même genre ?

Impossible. Je ne peux pas lire quoi que ce soit dans le même style. Je me compare et ça m’arrête.

Avez-vous des thématiques préférées ou des obsessions liées à l’écriture ?

Je me suis rendu compte dernièrement que dans tout ce que je fais, il y a toujours un personnage qui ne porte pas son véritable prénom. Allo docteur ? C’est grave ?

Préférez-vous écrire vos dialogues dans la langue parlée ou plus soutenue ?

Je m’amuse avec les dialogues. J’utilise différents niveaux de langage dans les dialogues selon les personnages.

Lorsque vous terminez l’écriture d’un manuscrit, êtes-vous déjà prêt à commencer l’écriture du prochain ?

Oui, je commence immédiatement le plan du suivant. Pendant que je suis dans l’esprit du live et que j’ai encore tous les fils en mémoire.

Que pensez-vous de vos premiers ouvrages publiés ?

Ah ah ah… j’aimerais bien réécrire les deux premières années de Chambres en ville.

Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « L’écriture c’est… »

Passionnant, captivant et dévorant.

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain ? Un grand texte ?

Quand j’entre tellement dans l’histoire que j’oublie que quelqu’un l’a écrite. Je ne sens plus du tout la présence de l’auteur derrière le texte. La porte sonne, je sursaute et je réalise que j’étais en train de lire, ce que j’avais complètement oublié tellement l’auteur m’avait entraîné avec lui. 

Quand vous étiez enfant, lisiez-vous beaucoup ? Que lisiez-vous ?

Nous lisions tous dans la famille, donc, j’ai commencé très tôt. Enfant on me lisait un ou deux chapitres d’un livre chaque soir et je négociais fort pour en avoir un troisième. Mes premiers romans étaient de la collection rose et verte. Il y a eu aussi Fantômette, le comte de Montecristo, Noël aux quatre vents etc.

Avez-vous toujours rêvé de devenir auteur ou votre venue à l’écriture jeunesse est un hasard de la vie ?

Je n’en rêvais pas, c’était évident pour moi que j’allais écrire. Je ne pourrais pas vous dire pourquoi.

Selon vous, peut-on écrire sur n’importe quel sujet en littérature jeunesse ?

Il faudrait que la littérature jeunesse continue à servir la jeunesse. Elle ne doit pas seulement vendre des livres, ces derniers doivent apporter quelque chose à l’enfant. Que ce soit du réconfort, un moment d’humour ou de la connaissance générale. Je crois qu’il y a une dérive mercantile en ce moment. Les parents nous font confiance, nous devons être conscients de cette magnifique responsabilité.

Selon vous, qu’est-ce qui fait le succès dans le domaine de l’écriture jeunesse ?

Il n’y a pas une seule réponse, mais plusieurs. Pour certains livres, c’est le marketing, pour d’autres, une couverture irrésistible, souvent, c’est le bouche-à-oreille, parfois le hasard, mais toujours la bonne histoire au bon moment.

Croyez-vous que l’auteur jeunesse doive adopter le langage de ses lecteurs ? Pourquoi ?

Non. L’auteur doit s’adapter, mais pas adopter leur langage, sauf dans certaines situations et pour la crédibilité des dialogues.

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui veut écrire et publier pour la jeunesse ?

Courage. Il faut avoir de patience et être passionné.

Sur quels sujet ou thématique avez-vous commencé à écrire ? Pourquoi ?

Le monde du début de l’âge adulte. J’adore cette période de la vie où les émotions sont extrêmes et les choix difficiles. De plus, les amours sont passionnés et les rêves illimités.

À qui faisiez-vous lire vos écrits ? Quels avis récoltiez-vous ?

Ma mère, qui s’est toujours demandée où je prenais toutes ces histoires.

Avez-vous été encouragé à écrire ou vous a-t-on plutôt découragé ? Par qui ?

Comme je faisais beaucoup de fautes d’orthographes, car j’avais des troubles de concentration et de dyslexie, on me disait que je n’arrivais à rien dans ce métier. Mais j’ai fini par passer à travers mes problèmes. J’y ai mis le temps qu’il fallait. J’ai travaillé fort et j’en suis fière. Je le dis souvent aux jeunes que je rencontre : L’écriture c’est une question d’imagination, les problèmes d’écriture se corrigent, l’imagination ne s’apprend pas.

Avant la publication de votre premier livre, aviez-vous publié dans des revues ?

J’avais écrit pour la télévision.

Vous rappelez-vous votre sentiment lorsque votre premier livre a été publié ?

Je n’en croyais pas mes yeux. Je ne pensais pas que j’y arriverais.

Vous arrive-t-il d’accepter de réaliser un livre sur commande ?

Bien entendu, mais pas une commande ferme. Seulement si on me demande un livre touchant tel sujet, pas si on me donne le synopsis et je dois le suivre.

L’éditeur demande-t-il souvent des modifications à l’auteur ?

Il fait plutôt des suggestions. Je n’ai jamais eu de demandes de changements. J’ai eu des propositions et j’ai pris ma décision.

Est-ce vous qui choisissez la couverture de votre livre ?

Je donne les grandes lignes de ce que j’imagine et on en discute, je reçois les propositions et je demande des changements s’il le faut. Mais ce n’est pas toujours ainsi. Je me considère chanceuse.

À ce jour, combien avez-vous écrit d’ouvrages ?

– 24, j’entame pour 25 ieme. Je me demande si ça se fête ?

Combien de romans pensez-vous encore écrire ?

Tant que j’aurai du plaisir. Sûrement une bonne dizaine.

Prendrez-vous votre retraite un jour ?

Je ne crois pas y arriver.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?

Très, mais en même temps, je sais bien qu’un adulte ne peut pas vraiment juger un livre pour les jeunes. L’important ce sont les résultats de ventes.

Pourquoi faites-vous partie d’une association comme l’AÉQJ ? Cela vous aide-t-il à vous donner une visibilité, à mieux faire la promotion de vos livres, à avoir accès à des fonds, à participer à des événements publics ?

Ça me donne le sentiment d’être moins seule.

À quoi correspond, selon vous, le rôle social de l’écrivain ?

Il est essentiel. Il est la mémoire d’une époque, il est celui qui ouvre les esprits, qui donne envie de foncer, c’est un tremplin et un moteur à la fois.

Pouvez-vous résumer l’histoire de votre dernier livre ?

Nellie doit tenter de retraverser dans l’univers d’Armand et d’Henri pour sauver ce dernier. Mais ce n’est pas simple de changer d’espace-temps. Elle se retrouvera dans les tunnels de la ville, avec les oubliés, les plus démunis, loin du palais royal du premier tome.

Pouvez-vous décrire les personnages ?

Nellie est une jeune fille réservée qui va se révéler dans un univers parallèle. Elle doit s’adapter et en même temps, elle va prendre de plus en plus confiance en elle. Elle va vaincre ses peurs et foncer au-delà d’où elle pensait pouvoir arriver. Les deux princes sont différents, le premier est confiant, élégant, insouciant, romantique, mais peu sensible. L’autre est émotif, altruiste, courageux et déterminé.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Je voulais imaginer un Québec qui avait gagné la Bataille des Plaines d’Abraham et un peu de science et de géo-politique, mais pour que ce soit agréable à lire, je voulais de la romance.  

Pourquoi le préférez-vous aux autres ?

Le dernier est toujours celui qui est le mieux travaillé. À chaque livre, j’apprends de plus en plus. C’est pas fini, j’ai encore beaucoup à apprendre.

Où êtes-vous né et où avez-vous vécu ?

Née au Québec, mais j’ai vécu mon enfance à Paris.

Vous a-t-on encouragé (e) ou découragé (e) d’écrire ?

Oui, malgré mes fautes d’orthographe, mais je dirais seulement à la fin de l’adolescence. Avant, ils ne pensaient pas que c’était sérieux.

Y avait-il des écrivains dans votre entourage familial ? Des artistes ?

Oui, auteur, journaliste, artistes.

Parlez-nous de votre parcours scolaire et des choix d’études que vous avez faits.

J’ai étudié en décors-costumes de théâtre. J’ai fait beaucoup de maquillage, mais toujours en écrivant.

Étiez-vous un élève doué ?

Très moyenne, mais respectueuse et mes professeurs trouvaient toujours que j’avais beaucoup d’imagination.

Lorsque vous étiez jeune, vouliez-vous devenir écrivain ?

Je voulais inventer des histoires, je ne savais de quelle façon.

Depuis combien de temps écrivez-vous ?

48 ans… ouf.

Votre première histoire a-t-elle déjà été publiée ?

Pas du tout et je la cache.

Pour écrire, vous inspirez-vous de films, d’émissions télé ou de livres que vous lisez ?

Jamais. Je tente au contraire de m’éloigner de ce qu’y se fait. J’aime l’originalité, le nouveau.

Une fois votre journée d’écriture achevée, que faites-vous ?

Je relis pour corriger et je prépare la journée du lendemain en prenant en notes ce que je ne dois pas oublier.

Quelle partie d’un texte est la plus difficile à écrire ? Le début ? La fin ? Le milieu ?

Toujours le début. Je peux reprendre dix fois le début, jusqu’à ce que j’aie le ton que je veux.

Quelqu’un vous aide-t-il à écrire ?

Non, mais j’aimerais avoir des lutins pour m’aider.

Les membres de votre famille lisent-ils vos livres ?

Ma fille et mon mari. Parfois ma mère.

Vous arrive-t-il de relire vos propres livres ?

Toujours, quand je le reçois. J’ai besoin de ressentir ce que le lecteur va percevoir.

Avez-vous une ou des passions autres que la lecture et l’écriture ?

Le maquillage, le cinéma.

Allez-vous au cinéma ? Quel genre de films aimez-vous ?

Vraiment tous, je suis fan de cinéma. J’aime autant les films d’auteur que les films populaires. J’aime les films qui viennent d’ailleurs, car c’est un bon moyen de découvrir les cultures différentes.

Quels sont les sports qui vous intéressent ? En pratiquez-vous un ?

Le clavier est-il un sport ? Haha. J’aime la natation.

Rencontrez-vous souvent vos lecteurs ? Dans quel cadre ?

Les salons ou les invitations à des événements.

Avez-vous (eu) un engagement féministe ?

La définition de féministe est très simple : Considérer les hommes et les femmes comme égaux. Alors, oui, je suis féministe. Il y a beaucoup de dérives avec ce mot.

Pensez-vous que l’écrivain a un rôle particulier à jouer dans la société ?

Essentiel. On parle souvent de nous comme des « artissss » mais les gens confondent avec les intellectuels. Nous sommes indispensables à la santé d’une société.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire de la SF/du fantastique pour la jeunesse ?

C’est plutôt de la SF et c’est pour parler de sciences et de géopolitique.

Comment définiriez-vous la SF ou le fantastique ?

C’est très clair. L’Un est une idée possible, l’autre a des éléments impossibles.

Diriez-vous que la SF et le fantastique sont des genres mal-aimés ?

Ceux qui aiment, adorent. Mais ce sont des genres que certains snobent. Aucune idée pourquoi.

Un récit de SF ou de fantastique permet-il au lecteur de connaître l’avenir ?

Dans la SF oui, certains ont été des visionnaires. Dans le fantastique, eh bien, si vous croyez aux elfes peut-être. J

Croyez-vous aux extra-terrestres ? Pourquoi ?

Oui, mais quelle forme ont-ils, ça, je ne sais pas. Impossible de penser que l’univers est aussi grand et qu’aucune autre forme de vie existerait.