L’écriture est un acte de laisser-aller. Quand l’auteur n’est pas en conditions propices à l’acte d’écrire (dormir, conduire, travailler, etc.) mais que le cerveau s’active, il doit déterminer s’il s’arrête pour noter l’idée qui vient, ou, si après brève évaluation, l’idée n’est pas assez forte, doit décider de la laisser aller. C’est cette déchirante décision qu’il doit faire à plusieurs reprises dans sa journée, car il sait très bien qu’en général, les idées ne viennent qu’une seule fois. Un seul détour, une seule chance. Les idées d’écriture ou les mots qui viennent que l’on ignore se perdent pour toujours. C’est ce qui explique l’existence des carnets, des magnétophones, de la fonction «Notes» sur les téléphones portables. Et parfois, le début et la fin de l’idée sont difficiles à déterminer. L’auteur se retrouve dans un état d’entre-deux; entre le monde de l’écriture et celui de la «vraie vie». Comme une danse maladroite, les deux mondes se pilent sur les pieds jusqu’à ce qu’un des deux cèdent et laissent l’autre reprendre le contrôle. Il est évident que l’auteur souhaite le plus longtemps possible rester dans le monde de l’écriture lors qu’il est engagé dans sa tâche; un état d’esprit fluide où les idées circulent en synchronie, où les mots s’enlignent d’eux-mêmes. Certains parleront d’inspiration que l’auteur doit attendre et attraper; d’autre d’un passage temporaire vers un monde alternatif. L’acte d’écriture se déroule durant ce va-et-vient entre l’absence et la présence. Et le caractère éphémère des idées explique le sentiment d’urgence dans lequel l’auteur est plongé lorsqu’il écrit.