L’AÉQJ vous présente, à travers une entrevue exclusive, un de ses membres et en fait son auteur chouchou! Aujourd’hui, Patrick Loranger répond à nos questions!

À quel moment, dans votre vie, avez-vous commencé à écrire ?

C’était en hiver. Je devais avoir 12 ou 13 ans… Non, en fait, c’était durant l’été et j’avais à peine 11 ans. Si c’était une BD, ça compte? Si oui, alors j’ai commencé à 10 ans, avec une BD basée sur l’univers des Transformers. Je suis retombé dessus à 16 ans et j’ai trouvé ça si mauvais que je l’ai détruite.

Dans quel état êtes-vous quand vous écrivez ? Fatigué, exalté, impatient, etc.

Toutes ces réponses. Mais pas en même temps. Par exemple, je sors de mes gonds quand un appel de télémarketing se faufile entre les lignes de la liste d’exclusion du CRTC pour venir me déranger quand j’écris, et tout spécialement quand je suis dans un passage qui demande beaucoup de concentration ou d’émotion. L’exaspération me gagne quand un deuxième appel du genre survient dans l’heure qui suit. Et ils viennent souvent par salves de trois… Fatigué? Oui, vers 2h du matin, quand j’ai oublié de regarder l’heure tant je suis absorbé par ce que j’écris. Je suis également du genre distrait, comme dans : « Il serait peut-être temps d’aller dîner, il est passée 15h00… ».

Vous arrive-t-il de vous relire et de trouver votre texte mauvais ?

Tout le temps! J’ai aussi le syndrome de Georges Lucas : je réécrirais constamment mes écrits anciens s’ils n’étaient pas publiés…

Y a-t-il des manuscrits qui dorment dans vos tiroirs ? Pourquoi ?

Des tas! Plusieurs n’ont tout simplement pas trouvé preneur quand ils étaient d’actualité. D’autres ne sont pas à la hauteur des attentes d’un éditeur.

Quand vous étiez enfant, lisiez-vous beaucoup ? Que lisiez-vous ?

Tout le temps! Je lisais trois ou quatre romans par semaine, tous genres confondus. J’ai toujours eu un faible pour la SF et le fantastique, mais j’ai lu de tout, y compris des magazines scientifiques.

Avez-vous toujours rêvé de devenir auteur ou votre venue à l’écriture jeunesse est un hasard de la vie ?

Je n’avais jamais envisagé faire carrière là-dedans avant d’avoir terminé mon premier manuscrit, à 27 ans. C’est arrivé suite à une perte d’emploi.

Selon vous, peut-on écrire sur n’importe quel sujet en littérature jeunesse ?

Pourquoi pas? Tout dépend de la sensibilité avec laquelle on traite le sujet. Il ne faut pas prendre les jeunes pour des ignares. Plusieurs sont allumés.

Pourriez-vous nous raconter vos débuts dans l’écriture ?

Mes premiers écrits, je les ai réalisés en solitaire, mais rares sont ceux qui dépassaient trois ou quatre pages. Soit j’écrivais à la main, soit à la dactylo, et la dyslexie venait à bout de ma patience. Aujourd’hui, avec l’ordinateur, j’ai la vie plus facile.

J’essayais toutes sortes de styles, d’ambiances, des débuts qui se lançaient dans toutes les directions. J’ai toujours aimé créer des personnages et des univers. Rien de tout ça n’a donné quoi que ce soit de cohérent.

Ensuite, j’ai beaucoup écrit avec un ami proche. Nous rédigions une bande dessinée qui allait jeter les bases d’un univers prolifique.

Ce n’est que dans la fin vingtaine que j’ai vraiment commencé à écrire avec sérieux. J’avais des idées et des choses à dire.

Sur quels sujet ou thématique avez-vous commencé à écrire ? Pourquoi ?

J’ai toujours été fasciné par les criminels. Il ne s’agit pas d’une admiration, bien au contraire, mais j’ai besoin de comprendre comment une personne en arrive à frauder, voler, tuer son prochain. Ça me dépasse totalement, encore aujourd’hui et j’ai pourtant lu sur le sujet tout ce qui m’est tombé sous la main. Je crois que cette fascination macabre est née à la suite du vol de mon goûter, quand j’avais 11 ans.

Avez-vous déjà tenu un journal intime ou des carnets où vous releviez des citations, des pensées, vos états d’âme, etc. ?

Je me rappelle d’un carnet de poésie macabre dans lequel j’exorcisais mes frustrations d’adolescent. Je l’ai brûlé pour symboliser le passage à la vie adulte. Enfant, j’avais tenté le même exercice avec un premier carnet.

Quels rapports entretenez-vous avec vos éditeurs (strictement professionnel, amicaux) ?

J’ai la chance et l’immense bonheur d’avoir deux excellents éditeurs compréhensifs avec qui je ne pouvais pas faire autrement que de me lier d’amitié.

Combien de livres écrivez-vous par an ?

J’écris continuellement et je travaille plusieurs projets de front. Je suis l’ordre de mes idées, et elles sont issues d’un chaos pas possible. J’arrive à terminer un projet tous les deux ou trois ans.

Quel est le livre le plus long que vous ayez écrit ?

Le manuscrit original de « Décalypse » faisait presque 200 000 mots. Il a donné naissance à une série de quatre romans de 90 000 mots.

Prendrez-vous votre retraite un jour ?

Ma quoi? Je me souviens avoir lu une définition dans le dictionnaire, mais je n’envisage pas de la mettre en application. J’aime trop le mouvement pour m’arrêter.

Pouvez-vous nous parler du livre préféré que vous avec publié ?

Il m’est difficile d’en choisir un seul parmi les sept que j’ai publiés, mais le premier est celui dont je conserve les meilleurs souvenirs d’écriture. L’Ordre des Ornyx : l’éveil m’a rapporté d’excellents commentaires.

Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

L’histoire était en moi, je devais la matérialiser. Je l’ai fait pour libérer de l’espace dans ma tête et pour la postérité.

Pourquoi le préférez-vous aux autres ?

À cause de l’ambiance particulière que je retrouve à la lecture. Il est magique, ce bouquin. Il représente tout ce que j’aime d’un bon livre.

Enfant, que faisiez-vous de votre temps libre ?

Je lisais, je construisais toutes sortes de choses avec mes sempiternelles briques Lego, mais aussi avec tout ce qui me tombait sous la main en termes de matériaux recyclables. J’adorais le modélisme expérimental.

Participez-vous souvent à des salons du livre ? Pourquoi ?

Toujours! Parce que c’est la grande fête du livre. C’est la place des auteurs et de leurs lecteurs.

Pourquoi avez-vous choisi d’écrire de la SF/du fantastique pour la jeunesse ?

La SF, je suis tombé dedans quand j’étais petit. Je ne compte plus les fois où mon père a dit que je venais sûrement d’une autre planète… Ce n’est donc pas un choix, ce doit être génétique. À moins que je sois sous l’influence d’un contrôle télépathique!

Qu’est-ce qui vous séduit dans la SF/le fantastique ?

L’aspect imaginaire, la liberté d’écrire ce que je veux et d’être maître de mon univers.

Croyez-vous aux extra-terrestres ? Pourquoi ?

Bien sûr! Parce que j’en suis un! Non, sérieusement, si la vie existe sur Terre, pourquoi n’existerait-elle pas sur d’autres planètes de configuration similaire? Mais de là à dire qu’ils sont capables de voyager en soucoupes volantes et qu’ils viennent nous rendre visite, il y a une marge que je me garderais de franchir. Je ne sombrerai pas dans la paranoïa des théories du complot.

Crédit photo: Richard Blouin