L’AÉQJ vous présente, à travers une entrevue exclusive, un de ses membres et en fait son auteur chouchou ! Aujourd’hui, Mélanie Perreault répond à nos questions !

À quoi reconnaît-on, selon vous, un grand écrivain ? Un grand texte ?

Pour ma part, je les reconnais lorsqu’ils ont le pouvoir de me faire oublier que leur texte a même été écrit.  En cours de lecture, je ne dois pas déceler l’auteur qui écrit ni l’effort de l’auteur. Et je dois avoir l’impression que les choses n’auraient pas pu être dites ou racontées autrement. Le texte doit couler, être tout naturel. Les meilleurs auteurs sont ceux qui excellent à se faire oublier. Le texte prend lui-même toute la place et l’auteur est transparent, on ne sent pas son souffle sur notre cou lorsqu’on lit son histoire.

Selon vous, peut-on écrire sur n’importe quel sujet en littérature jeunesse ?

Absolument. Tout est dans la manière de dire les choses. Un bon texte traitant d’un sujet grave peut venir en aide à certains lecteurs, ou encore permettre de belles prises de conscience chez d’autres lecteurs. Inutile de taire les réalités plus dures de la vie. On peut les aborder, toutes. Avec délicatesse, avec des mots et des images dont les jeunes apprécieront la portée. Je dis toujours que les jeunes sont brillants et sensibles, qu’ils comprennent plus de choses que l’on pense et que les textes qui les sous-estiment sont une aberration.

Que lisiez-vous quand vous étiez enfant et adolescent ?

Je lisais de tout, c’était une véritable obsession ! Et j’ai commencé très jeune. À 2 ans, je connaissais mon alphabet, et en 1re année du primaire, j’avais lu toutes les bandes dessinées de Tintin. Je les subtilisais dans la bibli de mon oncle Pierre, qui avait 9 ans de plus que moi. J’ai ensuite englouti l’encyclopédie « Tout connaître », et quand j’ai eu fini, ma famille m’en a procuré d’autres. Ensuite est venue ma passion pour le roman, avec ceux de La courte échelle, de Québec Amérique et de Pierre Tisseyre (où je suis directrice littéraire aujourd’hui depuis 13 ans !). Mais cela ne me suffisait plus. J’avais lu toute la section jeunesse de la bibliothèque de mon village, alors on m’a permis de louer des romans pour adultes quand j’avais 9 ou 10 ans. J’ai découvert les romans d’épouvante à la Stephen King et les romans policiers d’Agatha Christie. J’aimais avoir peur, et surtout, lire des livres que je n’étais pas vraiment censée lire. La rebelle en moi, je suppose !

Vous a-t-on déjà refusé un manuscrit ?

Des tonnes et des tonnes ! J’ai une collection fameuse de lettres de refus. Parfois, avec le recul, je trouve que les éditeurs ont eu raison de refuser de publier certains de mes manuscrits. Cela me donne la chance de les améliorer, et il est souvent arrivé qu’ils soient publiés après avoir accumulé les refus. Il faut être patient, avoir une bonne dose d’humilité et ne pas prendre les refus comme des rejets, mais comme des occasions de s’améliorer, de se pousser à faire mieux. Ceci dit, je préfère DE LOIN que mes manuscrits soient acceptés par mes éditeurs, hein !

Certains de vos livres ont-ils été réédités ?

Oui ! Rosalie entre chien et chat, album paru en 2015 chez Dominique et compagnie et illustré par Marion Arbona, l’a déjà été plusieurs fois. C’est un beau succès !

Quand une idée jaillit, prenez-vous des notes ?

Oui, et même si l’idée s’invite en pleine nuit ! Bien souvent, les idées arrivent en troupeaux, alors ces troupeaux d’idées provoquent de joyeuses insomnies. Je suis vraiment obligée de me lever pour les écrire, parce que si je ne le fais pas, au petit matin, il n’en reste plus rien. Envolées, les meutes d’idées ! Si on a la chance de se rencontrer, vous saurez pourquoi je suis autant cernée.

Vous arrive-t-il de mener de front deux, trois romans ?

J’ai toujours environ une vingtaine ou une trentaine de manuscrits en cours, parfois même plus ! Je trouve que mon cerveau est un incorrigible farceur indiscipliné. Il m’amène constamment sur de nouvelles pistes de création et il se fiche allègrement du fait que j’aie déjà trente autres projets déjà commencés.