L’AÉQJ vous présente, à travers une entrevue exclusive, un de ses membres et en fait son auteur chouchou ! Aujourd’hui, Jonathan Bécotte répond à nos questions !

À quel moment, dans votre vie, avez-vous commencé à écrire ?

J’ai commencé très jeune. Ma mère m’a montré à lire et à écrire avant même que je commence la maternelle. J’ai tout de suite su que je voulais devenir un auteur. J’écrivais des petites histoires et je les racontais à mes peluches, ou durant les fêtes de famille, à la parenté. 

 

Où puisez-vous votre inspiration ?

Je pars très souvent d’un souvenir, d’une image du passé. 

 

Dans quel état êtes-vous quand vous écrivez ? Fatigué, exalté, impatient, etc.

Quand j’écris, c’est souvent poussé par une phrase, un vers, un mot. Une espèce de fébrilité, une urgence de dire. Comme pour retenir tous les mots qui se bousculent dans mes doigts.

 

Avez-vous besoin d’une ambiance de travail, d’un lieu ou d’un rituel d’écriture pour vous plonger dans l’écriture ?

Durant l’écriture de mon dernier livre, Maman veut partir, j’ai écouté en boucle le dernier album de Léonard Cohen. Des vêtements amples (pyjama, coton ouaté, etc.) et un peu d’encens. J’aime créer une ambiance…mythique, mystérieuse, ouverte à ce qui vient.  

 

Lorsque vous êtes en travail d’écriture, lisez-vous d’autres auteurs du même genre ?

Je m’entoure toujours de livres quand j’écris. Nelly Arcan et Élise Turcotte sont deux muses; leurs livres trainent toujours un peu partout chez moi. Ces deux femmes auteures sont de grandes inspirations pour moi. 

 

Acceptez-vous de retravailler votre texte à la demande d’un éditeur ?

Mon travail avec l’éditeur, c’est une de mes parties préférées du processus de publication. J’adore que quelqu’un d’expérimenté questionne mon texte, me lance des pistes, me réoriente. Les éditeurs sont comme les horlogers du texte. 

 

Y a-t-il une part de votre écriture qui est autofictive ?

Je pars toujours de moi. J’y change les parfums, les couleurs, jusqu’à ce que la distance soit juste parfaite. 

 

Y a-t-il point commun dans la plupart de vos écrits ?

Jusqu’à présent, mes deux livres partagent le même narrateur. Comme une suite non-officielle. 

 

Quelles sont les erreurs commises dans vos premiers textes, et que vous vous gardez bien de commettre de nouveau ?

Trop en dire. 

 

Aimez-vous travailler en collaboration avec l’illustrateur ?

C’est un grand moment que de découvrir le visage de son enfant (son livre) pour la première fois. L’illustratrice donne sa lecture du roman en une seule image. La couverture d’un livre, c’est très précieux. 

 

Croyez-vous que l’auteur jeunesse doive adopter le langage de ses lecteurs ? Pourquoi ?

Je crois qu’il faut respecter ses lecteurs, et tout spécialement, les lecteurs de littérature jeunesse. Pour ce faire, les auteurs se doivent de livrer un texte qui n’est pas prémâché. Les jeunes sont très intelligents et sauront décoder le texte. On se doit de leur offrir une œuvre littéraire à leur hauteur. 

 

Avez-vous participé à des concours littéraires ? Avez-vous gagné des prix ? Lesquels ?

J’ai remporté le prix Cécile-Gagnon. C’est un immense privilège et j’en suis très reconnaissant. Avoir une réponse du milieu, un encouragement, spécialement pour un premier livre, ça fait du bien. Néanmoins, la plus belle réponse à mon livre, elle provient des lecteurs. Je ne serai jamais blasé d’entendre les souvenirs que les lecteurs me racontent, ceux qui ont fait surface lors de leur lecture de Souffler dans la cassette. Je suis ému de pouvoir, avec mon roman de peu de mots, initier ce voyage en enfance dans l’imaginaire de mes lecteurs. 

 

Connaissez-vous des écrivains qui ont influencé votre écriture?

J’ai la chance d’avoir trouvé mes parents des mots. Ma maman des mots, Élise Turcotte, et mon parrain d’écriture, André Roy. Élise a été ma professeure de création au Cégep du Vieux Montréal. C’est à elle que j’ai confié mes premiers textes. Sa poésie, son regard, sa sensibilité, m’ont marqué et continuent d’influencer mon écriture depuis. Pour sa part, j’ai rencontré André grâce au programme de parrainage de l’UNEQ. André m’a fait comprendre le pouvoir du vers, l’importance du choix des mots. Je suis choyé de les appeler mes parents des mots. 

 

Vos deux romans, Souffler dans la cassette et Maman veut partir, s’ouvrent sur une citation de Lyne Proulx. Pouvez-vous nous parler de votre relation avec cette auteure?

Lyne Proulx, c’est ma maman. Ma mère est décédée en 2015, et ouvrir mes romans avec une citation de sa main, faire d’elle une sorte de co-auteure, c’est pour moi une façon de lui rendre un hommage. L’écriture, c’est le plus beau cadeau qu’elle m’a offert. Je puise les citations à même un livre que j’avais fait préparer par un ami graphiste, pour les 50 ans de ma mère, en 2010. Ma mère et moi avions une belle correspondance poétique échelonnée sur plusieurs mois; j’ai rassemblé les plus beaux passages et les lui ai offerts sous la forme d’un livre inédit intitulé: De mère en fils. À travers l’écriture, maman reste bien vivante. A travers mes mots, j’entends toujours sa voix.