L’AÉQJ vous présente, à travers une entrevue exclusive, un de ses membres et en fait son auteur chouchou ! Aujourd’hui, Étienne Poirier répond à nos questions !

Complétez à votre guise l’énoncé suivant : « L’écriture c’est… »

L’écriture, c’est une façon d’explorer, de comprendre un peu mieux le monde. J’ai lu quelque part cette phrase, que je cite de mémoire : on n’écrit pas pour raconter, on écrit pour comprendre. Je garde toujours cette idée en tête. Il y a des livres qui ont changé ma façon de voir le monde et, ces livres, je les ai toujours en tête quand je m’installe pour écrire. Je m’y réfère quand je rencontre des difficultés quand j’écris, bien sûr, mais également dans ma vie de tous les jours. Mes meilleurs textes sont ceux qui m’ont fait expérimenter des états hors de mon quotidien, ceux qui m’ont fait grandir.

Selon vous, peut-on écrire sur n’importe quel sujet en littérature jeunesse ?

Les enfants et les ados vivent dans le même monde que les adultes et c’est dans ce monde qu’ils doivent évoluer pour devenir adultes. Je pense que tous les aspects du monde peuvent et doivent être explorés par la littérature pour la jeunesse. Aucun sujet ne doit être repoussé sous prétexte qu’il est trop dur, trop compliqué ou inintéressant. On peut parler de tout, il suffit de trouver le bon angle, les bons mots, les bonnes images. C’est là que se trouve le texte.

Pourriez-vous nous raconter vos débuts dans l’écriture ?

Mon premier texte sérieux, je l’ai proposé à un concours d’écriture au cégep. J’étais sûr que c’était bon, mais j’étais loin de m’imaginer combien il était mauvais! Comme j’étais certain d’avoir du talent, je ne comprenais pas pourquoi il avait été refusé.

Puis, j’ai proposé autre chose dans un concours à l’université. Cette fois, le texte a été retenu. Je me sentais au sommet du monde! J’aurais pu prendre ma retraite littéraire à ce moment-là tellement j’étais fier de moi!

Encore une fois, j’allais tomber de haut.

J’avais envoyé ce même texte à une revue littéraire sérieuse. Ç’a pris près d’un an, mais ils ont fini par me téléphoner pour me dire que mon texte avait été retenu pour publication, mais le directeur de la revue voulait me rencontrer pour retoucher le texte. Je me suis présenté, fier comme un paon devenu président américain, en pensant que j’avais écrit la nouvelle du siècle.

Dans le bureau, un homme m’attendait. Il avait l’air découragé avant même que notre rencontre commence. D’entrée de jeu, il m’a dit quelque chose comme : « je ne sais pas ce que le comité trouve à votre texte, il est tellement mal écrit. Bref, on va le réécrire ensemble pour voir ce qu’on peut en faire ». Dans ses mots, j’ai retenu deux choses : j’avais de bonnes idées, mais c’était insuffisant puisque je ne savais pas écrire.

J’ai passé l’après-midi dans ce bureau à être attentif à chaque conseil, à chaque rature, à chaque reformulation. On a réaménagé le texte, on l’a épuré, bref, je suis devenu un écrivain ce jour-là. En sortant du bureau, le directeur de la revue m’a félicité pour mon texte.

Plus tard, je me suis fait dire des trucs comme « ce n’est pas parce que tu l’as écrit que c’est bon » et « tout a déjà été dit, mais pas par toi ». Ces deux phrases, je me les répète souvent. Elles m’aident à me motiver, à accepter la critique et à chercher l’originalité pas dans les sujets, mais plutôt dans la manière de raconter.

 Avez-vous écrit des pièces de théâtre ?

Oui. Une pièce pour adultes, une comédie que j’ai écrite avec près d’une dizaine d’autres auteurs et une pièce pour théâtre de marionnettes. La première a été jouée pendant une semaine dans un café de Montréal, l’autre n’a finalement jamais vu le jour. Mais c’est un genre que j’adore. J’en écrirai sans doute d’autres!

Prendrez-vous votre retraite un jour ?

Sérieusement? Pas tant que j’aurai l’impression d’avoir encore quelque chose à dire.

Est-ce important à vos yeux de remporter un prix littéraire ?

J’ai fait la finale de plusieurs prix, mais je n’en ai gagné aucun. J’avoue honnêtement que j’aimerais bien en remporter un. Ça me ferait vraiment plaisir. Mais est-ce important? Je ne sais pas. La plus belle reconnaissance, c’est un peu cliché, mais c’est celle des lecteurs. Quand je reçois des commentaires positifs de lecteurs, ça me touche et ça donne un sens à ce que je fais.

Êtes-vous sensible à la critique que l’on fait de vos écrits ?

Oh que oui! J’ai réalisé dernièrement que je carbure à la critique. Il faut dire que je suis plutôt  gâté de ce côté. Jusqu’à présent, je n’ai eu que des critiques plutôt positives.

Pourquoi faites-vous partie d’une association comme l’AÉQJ ? Cela vous aide-t-il à vous donner une visibilité, à mieux faire la promotion de vos livres, à avoir accès à des fonds, à participer à des événements publics ?

L’AEQJ m’aide surtout à côtoyer des gens du milieu, à obtenir des informations et des trucs pour l’avancement de ma carrière. Avoir des contacts offre des ressources, des témoignages, des conseils qui permettent de faire des choix éclairés.

Le fait d’avoir eu des enfants a-t-il influé sur votre activité littéraire ? Si oui, de quelle manière ?

C’est sûr que ça m’a influencé. Sans eux, je n’écrirais probablement pas pour la jeunesse. Mes premiers textes, je les écrivais pour les adultes. Mais ma vie a changé, l’enfance en fait de nouveau partie. J’écris sur ça.