Je savais que ce titre vous ferait sursauter. Je suis certaine que vous avez déjà reçu des remarques désobligeantes du style : « Ah, tu écris pour les jeunes », avec un regard qui en disait long. Cette phrase a probablement été suivie par : « Moi aussi je veux écrire un jour pour les enfants, je lis des histoires aux miens depuis qu’ils sont tous petits ». À cela, il ne faut surtout pas s’enflammer. Sans les décourager, il faut leur exposer le processus d’écrire et tout ce que cela implique. On peut aussi s’amuser à voir leur binette quand on leur parle des redevances. Ils ne sont pas méchants, justes ignorants.

Je travaille en télévision depuis 27 ans, dont plus d’une quinzaine d’années en émission jeunesse. Les artisans dans ce secteur ont toujours gagné moins que leurs collègues des magazines, variétés, etc. Est-ce qu’ils travaillent moins ? Certainement pas ! Mais la jeunesse a toujours été considérée comme un secteur où on y faisait nos classes, et la littérature n’y échappe pas dans l’opinion publique ou même du point de vue de la critique. Pourtant, un jeune de 10 ans, ou un ado de 16 ans sera tout aussi sélectif et exigeant qu’un adulte. Il faut les satisfaire !

Je vous parle de tout ça, mais pour vous démontrer comment le jugement des autres peut nous affecter, j’arrive à me demander si je réussirai un jour à écrire une histoire honorable pour les adultes. J’ai une biographie à mon actif, une trilogie pour les 9-12 ans et un nouveau roman « jeune adulte » qui s’en vient. Mais un « vieil ado » n’est pas tout à fait un adulte. En même temps, écrire pour les adultes, est-ce un but en soi ?

Atteindre, toucher et faire rêver un être humain en train de se forger une personnalité, se définir un avenir, se trouver des repères, n’est-ce pas la plus belle chose au monde ?

Maryse Pagé