Récemment, une amie illustratrice, qui a travaillé des années durant en entreprise, m’a envoyée son porte-folio. Il est magnifique… et très varié. C’est normal! Dans le monde du corporatif, l’illustrateur doit adapter son style à la personnalité de chaque client. C’est du travail de caméléon.

Mais lorsqu’on pense aux illustrateurs connus au Québec, on réalise, au contraire, qu’ils ont un style personnel immédiatement identifiable! Que ça soit Benoit Tardif, Fabrice Boulanger, Jacques Goldstyn, Geneviève Després, Annie Rodrique, Rémy Simard, Phillipe Béha et tous les autres, ils gardent le même style, quelle que soit la commande. Dernièrement, en recevant le calendrier scout, ma fille de 5 ans a réussi à identifier qu’il s’agissait de «la même personne qui a fait les images dans le livre de chansons de chats et de chien» (soit Marie-Ève Tremblay). Aucun compromis, aucun camouflage.

Si l’illustrateur en entreprise est un Caméléon, l’illustrateur à la pige doit être un flamand rose : différent, spécial, flamboyant, facilement identifiable.

Tout ça m’amène à me demander si c’est également vrai pour les auteurs. Devrais-je faire attention à ne pas trop m’éparpiller dans les livres que j’écris? Devrais-je identifier ce qui fait la touche «Annie Bacon» et l’amplifier? Cultiver mes tics d’écriture, dorloter mes thèmes, enligner mon style?

Et la question qui tue : avoir une identité forte comme auteur, est-ce véritablement quelque chose qui peut se faire de manière consciente, ou l’auteur risque-t-il alors de devenir une caricature de lui-même?

Bref, l’auteur peut-il décider d’être un flamant rose, ou risque-t-il alors de se transformer en dodo?