J’explique souvent aux élèves que je rencontre en animation dans les écoles à quel point j’aime la liberté offerte par le travail d’auteur. J’adore pouvoir écrire n’importe où, n’importe quand. N’importe où ? Vraiment ? Vraiment !

1) Mon bureau

Mon bureau a l’avantage de se situer au milieu (ou presque) de mon salon. Ainsi, c’est le meilleur endroit pour travailler en pyjama. Mon bureau a aussi l’inconvénient… de se trouver au milieu de mon salon, à un mètre du vélo stationnaire (tiens ! Faudrait bien que je bouge un peu), à 10 mètres de la vaisselle du déjeuner (tiens ! Faudrait bien que la frotte un peu) et à 12 mètres du panier débordant de linge sale (tiens ! Je devrais peut-être partir une brassée). Ah ! La valse de la procrastination de tout bon travailleur autonome…

2) Ma douche

Quand tout va mal, quand la page reste blanche, quand mon personnage refuse de m’obéir, j’ai une solution infaillible : prendre une douche. Est-ce l’effet de l’eau chaude ? Les messages subliminaux camouflés dans les motifs du rideau ? Les arômes de citronnelle, papaye et thé vert de mon shampooing ? Je ne sais trop, mais les obstacles cèdent chaque fois !

3) Le café du coin

Le café est pour moi une arme à deux tranchants. Je ne parle pas ici du breuvage, lequel est toujours salvateur. Le café dans le sens de restaurant me permet parfois d’être d’une redoutable efficacité (loin de la procrastination domestique) ou être la cause de frustrations. Pour me permettre d’écrire mon prochain chef-d’œuvre (hum hum…), l’endroit doit être assez achalandé pour que les conversations se confondent et forment un bourdonnement constant, sans être le lieu branché de l’heure où le consommateur voisin est à deux pouces de mon écran. Si, en prime, le café y est bon et ne coûte pas un rein, j’y élis domicile le plus souvent possible !

4) Les salles d’attente

Les pertes de temps quotidiennes sont peu fréquentes chez l’auteur (du moins, chez moi), qui profitera de chaque petit moment pour griffonner une idée, construire un plan ou noter quelques phrases sur un calepin, l’arrière d’une facture de pharmacie, un napperon ou le dos de la main. Mon éternelle erreur : oublier ladite facture de pharmacie dans la poche arrière de mon pantalon à l’heure du lavage…

5) La retraite fermée

S’exiler sur une île déserte, au fond d’un bois ou dans un abri nucléaire sans Facebook, sans repas-à-préparer-fesses-à-essuyer-mitaine-à-retrouver entre le « il était » et le « une fois » : c’est le rêve tout auteur que je connaisse !

6) Le train

C’est justement à bord d’un train que je compose ce billet ! C’est le seul moyen de transport terrestre et maritime dans lequel je parviens à lire, écrire ou jouer au scrabble sans renvoyer mon dernier repas. Et le train a ce petit quelque chose de romantique qu’une Toyota n’aura jamais !

Chaque auteur développant des habitudes lui étant propres, cette liste ne saurait être exhaustive. Sachez que peu importe où que vous vous trouviez, du salon funéraire au spectacle de Noël de la troupe de danse de votre nièce, près de vous, un auteur écrit peut-être les premières lignes de son prochain grand succès…

 

Par Émilie Rivard